La France a donné naissance à 175 djihadistes en vingt ans

Dans son ouvrage « Terroristes, les 7 piliers de la déraison », le juge anti-terroriste revient sur l’expérience djihadiste de la France : 175 personnes qui seraient parti combattre en terre d’islam ces vingt dernières années. Mais qui sont-ils ?

Lors des attentats du 11 septembre, le Français Zacarias Moussaoui est condamné à perpétuité pour sa participation à l'organisation des détournements.

Lors des attentats du 11 septembre, le Français Zacarias Moussaoui est condamné à perpétuité pour sa participation à l’organisation des détournements.

175. Depuis le début des années 1990, ils seraient 175 Français à être parti en terres de djihad et à subir des poursuites judiciaires lors de leur retour en France. Une quinzaine d’entre eux seraient partis en Afghanistan combattre les soviétiques. Une vingtaine en Bosnie. Puis de nouveau une quarantaine qui iront s’entraîner en Afghanistan sous le règne d’Oussama Ben Laden. Une petite dizaine se serait partagée entre la Somalie et le Cachemire. L’Irak suscitera plus de vocations, attirant une trentaine de djihadistes. Plus récemment, une quinzaine serait passée par le Waziristan.

Marc Trévidic remarque qu’à ces 175 djihadistes français, il faut ajouter ceux qui n’ont pas la nationalité et qui auraient pu transiter par l’hexagone, représentant autant de menaces pour notre sécurité. Il signale également une nouvelle tendance, qui reste rare mais se développe depuis quelques années : l’entraînement à domicile. Des candidats au djihad opteraient pour s’entraîner dans les Vosges ou le Massif central plutôt qu’au Yémen ou dans le Waziristan.

Depuis quelques années, une autre tendance se développerait selon le juge antiterroriste : les djihadistes seraient de plus en plus jeunes, parfois mineurs. Cette période de la vie serait propice à la prise des armes et à la recherche d’aventure qui accompagne le djihad. Elle serait surtout encore dépourvue de la prise de recul nécessaire à comprendre ce qu’impliquent réellement ces entreprises terroristes.

Beaucoup de ces djihadistes français reviendraient tôt ou tard en France. Et pas toujours pour y commettre des attentats : le voyage est aussi l’occasion d’apprécier les libertés dont ils bénéficiaient en France et le retour est marqué par une forme de repentance, de prise de conscience. Même phénomène chez ceux qui sont incarcérés : une fois leur peine purgée, la plupart renoncerait au djihad et tendrait à se ranger.

Photo : Harjinder Kalirai

A propos de l'auteur

Journaliste indépendant, Romain Mielcarek s'est spécialisé sur les thématiques liées à la défense et à la diplomatie. Il travaille régulièrement pour RFI, Atlantico, Slate, Défense et Sécurité Internationale et Pays Emergents. Doctorant en sciences sociales, il mène une thèse sur l'influence de l'armée française sur le récit médiatique de la guerre en Afghanistan. Membre de l'Alliance Géostratégique, il a participé à la rédaction des ouvrages "Les guerres low-cost" (Esprit du Livre / 2011) et "Stratégies dans le cyberespace" (Esprit du Livre / 2011).

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Commentaires (5)

  • oodbae

    C’est curieux, après avoir lu votre article, on reste sur l’impression que le djihad des francais à l’étranger bénéficie à la sécurité de notre société, en fin de compte. Les voyages forment la jeunesse!

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  • oodbae

    Parce que vous terminez l’article en expliquant que les djihadistes apprécient mieux leurs libertés en tant que citoyens francais à leur retour, de même pour ceux qui sont incarcérés.
    Et parce que de plus le vocabulaire employé démontrent une distance par rapport au phénomène qui font passer le djihad pour une colonie de vacances, au même titre que les pseudo-camps d’entraînement militaire vers lesquels des parents sud-coréens envoient leurs enfants parce qu’ils les trouvent trop mous. (http://www.france24.com/fr/20100305-reporters-coree-sud-camps-vacances-militaires-muju-enfants-jeunes-entrainement , http://coree.aujourdhuilemonde.com/vacances-militaires-pour-les-enfants-coreens )

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    • Romain Mielcarek

      Je pense que vous exagérez. Mon propos est simplement factuel. Et je trouve ces faits surprenants. Il ne semblait pas évident que la plupart des individus incarcérés dans des affaires de terrorisme se rangent à leur sortie de prison.

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  • oodbae

    merci pour votre réponse. Je ne crois pas exagérer. Cependant, il n’est pas étonnant que mon propos détonne car je parle de l’impression laissée, donc de sentiment, tandis que vous vous voulez factuel, neutre, objectif, presque insensible, en tout cas intériorisé. Je suis comme  » the woman in red » dans le film « Matrix », le seul être qui excite les sens au milieu de la foule machinale, grise et neutre. La femme en rouge paraît aussi exagérée dans le film.

    Pourtant, si on voit sa photo dans les journaux a coté de celles de Rihanna, elle paraît chaste. Tout est relatif. Ceci est une piste pour tenter d’expliquer la frilosité (c’est un euphémisme) du corps des journalistes pour nommer un chat un chat. Mais c’est une autre discussion.

    Quand aux ex-détenus, je n’ai pas lu le livre donc il me faudrait connaître les chiffres pour approfondir la question. Néanmoins, je ne sais pas si il est réconfortant que la peine de prison, et la libération du détenu, fasse son oeuvre en incitant le détenu à ne plus recommencer, ou si il faut se désoler que cela ne soit pas automatique.
    Et de plus, vous écrivez « la plupart ». Il y en a donc plusieurs qui continuent…. Or, quand on sait que par ailleurs, 50 000 peines ne sont pas exécutées chaque année en France par rapport à une nombre annuel de 62 000 détenus, il y a de quoi s’inquiéter.

    Je n’avais que voulu faire un trait d’humour sous la forme d’un commentaire. Me voilà parti dans une discussion… J’arrête là le commentaire.

    Cordialement

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