Ballet de drones dans le ciel syrien

Les Syriens ont presque pris l’habitude d’entendre ce son caractéristique de tondeuse à gazon qui accompagne les drones de l’armée. Grâce à ces appareils de conception iranienne, Damas peut observer les moindres faits et gestes de ses adversaires. Dans ce tragique imbroglio, d’autres suspectent la présence d’engins israéliens, américains ou russes.

Plusieurs sources évoquent depuis le début du mois de mars la présence de drones de fabrication iranienne dans le ciel syrien. Quelques images amateurs ont capturé, notamment, le passage d’un « Pahpad », un drone, au nord de Damas. Des Mohajer-4, des Arabil et des Mirsad-1 ont été aperçus au cours des dernières semaines. Ces différents engins sont utilisés à des fins de renseignement : ils surveillent depuis le ciel l’activité et les mouvements des insurgés ou des manifestants.

Si certains se sont empressés de voir dans la présence de ces drones le signe d’une activité militaire iranienne en Syrie, il est beaucoup plus probables que ces appareils soient la propriété de l’armée syrienne. La Syrie est en effet sensée produire ses propres appareils, sur le modèle de ceux de son voisin et partenaire. Ce serait la première fois dans l’histoire du pays qu’elle a l’usage de ses drones. Des sources aussi bien diplomatiques que militaires ont confirmé à un journaliste du monde que des engins sans pilotes étaient utilisés dans le cadre de la répression des opposants au régime de Damas.

La question d’un suivi et d’un soutien technique de la part de Téhéran reste posée mais difficilement vérifiable. Certains experts ont d’ailleurs évoqué de leur côté des ventes de drones russes à Damas. Une hypothèse qui reste non vérifiée et finalement assez peu probable, ces engins étant d’origines israéliennes, impliqueraient de possibles complications diplomatiques entre l’Etat hébreux et Moscou. Des agents libanais du Hezbollah pourraient également être de la partie. En 2005, ils avaient été les premiers à déployer un Mirsad-1 qui avait survolé le territoire israélien.

Fin février, un drone s’était écrasé en février à Homs. L’armée syrienne libre avait alors assuré être parvenue à l’abattre. Quelques semaines plus tard, lorsque les troupes fidèles au régime ont repris le quartier de Baba Amro, elles se sont empressées de reprendre les images en expliquant qu’il s’agissait d’un appareil israélien envoyé en soutien des terroristes. Il y a quelques semaines, des officiers américains confirmaient que des drones survolent le sol syrien afin de récolter preuves et éléments pour étayer des mesures internationales. Ils se déplacent cependant à une toute autre altitude que les engins iraniens et restent presque indétectables.

Le 24 mars dernier, un amateur a filmé les images d’un « Pahpad » décollant la base aérienne de Hamah, dans l’ouest du pays. C’est depuis cet aérodrome que serait déployés une bonne partie des moyens aériens de l’armée syrienne. Les témoins ont également pris des images de Ilyushin Il-76 utilisés pour le transport ainsi que d’une poignée de chasseurs Mig-21 et d’hélicoptères.

A propos de l'auteur

Journaliste indépendant, Romain Mielcarek s'est spécialisé sur les thématiques liées à la défense et à la diplomatie. Il travaille régulièrement pour RFI, Atlantico, Slate, Défense et Sécurité Internationale et Pays Emergents. Doctorant en sciences sociales, il mène une thèse sur l'influence de l'armée française sur le récit médiatique de la guerre en Afghanistan. Membre de l'Alliance Géostratégique, il a participé à la rédaction des ouvrages "Les guerres low-cost" (Esprit du Livre / 2011) et "Stratégies dans le cyberespace" (Esprit du Livre / 2011).

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