Le livre du lundi : Zones grises, quand les Etats perdent le contrôle

Le terme « zone grise » est devenu un leitmotiv récurrent lorsque l’on évoque les questions de défense ou de sécurité. L’expression est pourtant loin d’avoir été clairement définie et regroupe une multitude de réalités dont on peut se demander si elles ont des points communs, tant dans leurs origines que dans les raisons d’un échec à les reconquérir.

Zones grises, quand les Etats perdent le contrôle.

Quel est le point commun entre Gaza et la Seine Saint Denis ? Entre la Somalie et la mer de Chine ? Des zones grises. Le qualificatif est presque devenu banal, aussi bien dans les médias, que dans la recherche ou aux tables de discussion de nos responsables politiques. Mais de quoi s’agit-il exactement ? La zone grise se caractérise par la perte d’accès de l’Etat, des services publics, à l’intérieur d’une zone, quelle que soit sa taille ou sa géographie.

Gaïdz Minassian se penche alors sur les différents processus qui donnent naissance à ces zones grises. Erreurs politiques, conséquences historiques, influences de réseaux armés ou criminels, les raisons de la naissance de ce type de zones sont multiples. Cette probabilité participe certainement à la difficulté dans la recherche de solutions efficaces. Les Etats se sont pour l’instant concentrés sur diverses formes de répression agrémentées de politiques de développement social. Peine perdue dans de nombreux cas où ces tentatives ne répondent malheureusement pas aux racines du mal.

Il ne faut pas perdre de vue que dans la majorité des cas, il existe une forte volonté à l’intérieur de ces zones grises, de mettre en échec les politiques publiques. Les groupes plus ou moins organisés, des Etats parfois, qui organisent le chaos, bénéficient d’une quiétude absolue dans ces secteurs. Des situations face auxquelles les forces de sécurité ne font que limiter les dégâts de manière éphémère. Que ce soit dans les villages gris de nos banlieues, où la police échoue systématiquement malgré des déploiements quasi-militaires; ou dans les favelas brésiliennes où les forces paramilitaires avancent systématiquement sous le couvert de blindés et de dispositifs dignes des plus grands conflits … les individus armés prospèrent et parviennent systématiquement à se réorganiser.

L’auteur étudie une multitude de cas. Banlieues françaises donc, mais aussi Somalie, Haut-Karabagh, Palestine, jungle colombienne ou encore zones tribales pakistanaises. Des exemples que tout semble opposer mais qui ont pourtant un certain nombre de points communs. Gaïdz Minassian s’applique à en tirer des leçons, pas toujours évidentes à évaluer, mais qui ont quoi qu’il arrive le mérite d’interroger sur le sujet.

Zones grises, quand les Etats perdent le contrôle.
Gaïdz Minassian.
Editions Autrement.
Septembre 2011.
200 pages.
20 €

A propos de l'auteur

ActuDéfense est un site d'information sur les thématiques liées à la défense, à la sécurité, au monde militaire et à la diplomatie. Il a été fondé en juin 2009 par Romain Mielcarek. Il devient un support de réflexion collaboratif à la rentrée 2012.

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Commentaires (1)

  • Yannick Harrel

    Bonjour,

    Dans la perspective de l’organisation de la prochaine Coupe du Monde 2014, j’ai lu récemment que la technique de la police Brésilienne avait changé. Autrefois c’étaient des opérations « coup de poing ». Dorénavant, le système est axé différemment : elle quadrille les secteurs, les isole, procède à des opérations de nettoyage puis installe une antenne de la police pile-poil dans le quartier et qui a vocation à y rester.
    Les premiers résultats se font ressentir. Positivement. Et la population accepte dans sa très grande majorité le retour de l’État sur les collines. Petit à petit, le territoire est reconquis, et la zone grise se rétrécit.

    Comme quoi, tout est question de planification à terme au détriment du spectaculaire et de la force brute.

    Cordialement,

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