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	<title>ActuDéfense &#187; Philippe-Joseph Salazar</title>
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	<description>Défense, diplomatie, sécurité</description>
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		<title>Communications stratégiques (3/3) &#8211; Un jeu qui se joue sans l&#8217;ennemi</title>
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		<pubDate>Thu, 09 May 2013 05:00:49 +0000</pubDate>
		<dc:creator>Philippe-Joseph Salazar</dc:creator>
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		<description><![CDATA[<p><img width="1016" height="511" src="http://www.actudefense.com/wp-content/uploads/2013/05/stratcomm-femmes-journalistes-Copie.jpg" class="attachment-post-thumbnail wp-post-image" alt="©ISAF" /></p><em>Ce billet termine la série commencée avec <a href="http://www.actudefense.com/salazar-stratcomm-espace-information-chef-communication/" target="_blank">Dans l’espace-information, le chef doit avoir le coup d’oeil</a> et <a href="http://www.actudefense.com/salazar-stratcomm-chef-veut-pas-communiquer-narrative/" target="_blank">Le chef ne veut pas communiquer ? Vite : narrative !</a></em>

<strong>Il existe en effet un problème plus général, celui de la raison pour laquelle une opération de Stratcomm est mise en action, de sa cause.</strong>

[caption id="attachment_8619" align="alignleft" width="300"]<a href="http://www.actudefense.com/wp-content/uploads/2013/05/stratcomm-femmes-journalistes.jpg"><img class="size-medium wp-image-8619" alt="Des femmes qui apprennent le journalisme : la vision de l'Afghanistan selon le narrative US ... propose une société où les talibans n'ont plus de place. ©ISAF" src="http://www.actudefense.com/wp-content/uploads/2013/05/stratcomm-femmes-journalistes-300x199.jpg" width="300" height="199" /></a> Des femmes qui apprennent le journalisme : la vision de l'Afghanistan selon le narrative US ... propose une société où les talibans n'ont plus de place. ©ISAF[/caption]

Une manière générale (mais exemplifiée par l’<i>US Navy</i>) de résoudre cette question (<a href="http://www.actudefense.com/salazar-stratcomm-chef-veut-pas-communiquer-narrative/" target="_blank">voir le billet précédent</a>) a été formulée par le <a href="http://www.navy.mil/navydata/bios/navybio.asp?bioID=691" target="_blank">contre-amiral Kirby</a>. <strong>La Stratcomm existe parce que l’espace-information est désormais « démocratique »</strong>. Il entend par là que l’information est multi-polaire, diversifiée, horizontale.

Je pense que « démotique » serait plus juste que « démocratique », terme qui implique des processus éthiques, politiques et juridiques légitimes que la circulation stochastique de l’information contemporaine est loin d’assurer et même entrave. Kirby propose donc que la Stratcomm existe à cause de ce qu’il nomme les « Quatre Post » (Chaque intervenant possède son diagramme, arbre, cascade, bâtiment, colonnade, étoile, gâteau, emboîtement, et son schéma mnémotechnique : les «  Cinq S », les « Quatre N », et les « Quatre Post ». Un effort de standardisation s’impose...) : le public est un post-auditoire (parcellarisé, fluide, se reconfigurant sans cesse) ; les leaders sont sur un mode post-interview (d’où une variété de méthodes de prise de parole ou d’expression) ; les médias sont post-message (dans une conférence de presse, par exemple, les questionneurs exigent du « contexte ») ; les communicants sont post-secret (tout se sait désormais rapidement). Mais, à mon sens, cette description ne livre pas le système causal d’une opération de Stratcomm.

Le défi théorique que rencontre  la Stratcomm tient en effet à la compréhension des causes : <strong>une stratégie X de Stratcomm possède à la fois une cause matérielle (une opération militaire  X qui impulse un ensemble de communications X) et une cause formelle (les transferts divers de capital immatériel et de ressources humaines du domaine ponctuel et dispersé des relations publiques, bureaux d’information,  services de presse vers de nouvelles fonctions)</strong>. Le poids cognitif de ces deux causes est massif puisque, premièrement, il couple « qui donne mandat pour une action de Stratcomm » et « qui est mandaté pour la formuler et la gérer » ; et qu’ensuite il propulse une stratégie donnée vers sa cause finale (la paix, la stabilité, la prospérité en Afghanistan, par exemple).<span id="more-8617"></span>

Mais, et tel est le nœud théorique du défi, le processus se déroule sans égard pour la cause efficiente. La mise en place du processus tendu entre l’autorité mandante et la finalité à réaliser, par l’intermédiaire des agents-mandataires (les communicants),  obscurcit la nature complexe, double de la cause efficiente.

D’une part une opération de Stratcomm X n’est jamais <i>sui generis </i>: <strong>elle est causée, en aval, non pas par l’autorité mandante du terrain, par exemple le général Allen, mais par une décision politique qui, au contraire du <i>command and control</i> militaire, est sujette à variations, à blocages, à renversement de positions, à hésitations et à précipitations</strong>. Le politique possède rarement le « coup d’œil » et encore plus rarement le sang-froid. Le <i>narrativ</i>e peut être stable, recto-verso, mais la cause efficiente politique, extérieure à l’opération, l’est-elle ? D’autre part, l’opération existe car elle a face à elle un ennemi. Cet opposant est la cause fondamentale de son existence. A bien des égards, l’ennemi est l’élément décisionnel fondamental.

Or ce qu’enseigne la rhétorique est ceci : une bonne stratégie argumentative doit incorporer les arguments de l’adversaire à l’intérieur des nôtres. <strong>Le problème fondamental du <i>narrative</i> est qu’il ne laisse aucune place à une position adversative</strong>, à ce que <a href="http://www.leseditionsdeminuit.com/f/index.php?sp=liv&amp;livre_id=2181" target="_blank">Jean-François Lyotard</a> a analysé comme le « différend », c’est-à-dire la possibilité offerte à l’autre de ne pas accepter le jeu fermé de langage tel qu’il est offert par un partenaire en situation de force dans la gestion d’un litige. Le <i>narrative </i>est une structure de gestion d’un litige, c’est à dire une structure argumentative qui est refermée sur elle-même, et tourne en boucle : il n’offre aucune perspective de « dissensus ».

Dit brutalement, sur un exemple : le programme éducatif mis en place, comme un des instruments de Stratcomm (diplomatie publique) par les Affaires étrangères américaines en Afghanistan (intervention d'Eileen O'Connor, responsable communication et relations publiques au Département d'Etat et journaliste de renom à ABC et CNN), va probablement fabriquer de nouveaux frères Tsarnaev dont l’expérience américaine, si elle ne fut pas une couverture, fut marquée par l’aliénation. <strong>Car ce que la rhétorique, ou le renseignement, enseigne est que l’autre a nécessairement quelque chose à vous apprendre puisque l’autre est la source du problème et la part la plus forte de la cause efficiente au fond de la stratégie.</strong>

Le prochain sommet de<i> Strategic Communications</i> aura lieu à Washington, dans un an. Je formule le souhait, stratégique, d’un affermissement méthodologique et d’un <i>drill down</i> du domaine théorique pour pénétrer dans le soutènement d’une discipline en plein essor.]]></description>
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		<title>Communications stratégiques (2/3) &#8211; Le chef ne veut pas communiquer ? Vite : narrative !</title>
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		<pubDate>Wed, 08 May 2013 05:00:39 +0000</pubDate>
		<dc:creator>Philippe-Joseph Salazar</dc:creator>
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		<description><![CDATA[Suite du billet publié mardi : Dans l’espace-information, le chef doit avoir le coup d’oeil Pour expliquer ce point il faut d’abord voir comment est présenté ce deuxième aspect majeur de la Stratcomm, le narrative : L’intervention la plus ajustée fut celle du contre-amiral Pittman, agissant en quelque sorte en tandem avec le général Allen, [...]]]></description>
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		<title>Communications stratégiques (1/3) &#8211; Dans l&#8217;espace-information, le chef doit avoir le coup d&#8217;oeil</title>
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		<pubDate>Tue, 07 May 2013 05:00:23 +0000</pubDate>
		<dc:creator>Philippe-Joseph Salazar</dc:creator>
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		<description><![CDATA[<p><img width="1001" height="501" src="http://www.actudefense.com/wp-content/uploads/2013/05/Allen-meeting-stratcomm-Copie.jpg" class="attachment-post-thumbnail wp-post-image" alt="©US Air Force / Master Sgt. Michael O&#039;Connor" /></p><strong>Le <a href="http://www.strategicsummit.com/" target="_blank">4<sup>e</sup> Sommet national de communications stratégiques</a> (Stratcomm) s’est récemment tenu à Washington.  La Stratcomm est une discipline relativement neuve. Ce colloque réunissait les principaux inventeurs de la Stratcomm militaire, américaine et de l’OTAN, et également des acteurs du monde de l’entreprise ou des relations publiques.</strong>

[caption id="attachment_8601" align="alignleft" width="300"]<a href="http://www.actudefense.com/wp-content/uploads/2013/05/Allen-meeting-stratcomm.jpg"><img class="size-medium wp-image-8601" alt="Le général Allen était à la fois commandant de l'ISAF et communiquant en chef. ©US Air Force / Master Sgt. Michael O'Connor" src="http://www.actudefense.com/wp-content/uploads/2013/05/Allen-meeting-stratcomm-300x214.jpg" width="300" height="214" /></a> Le général Allen était à la fois commandant de l'ISAF et communiquant en chef. ©US Air Force / Master Sgt. Michael O'Connor[/caption]

D’emblée il est apparu que les trois points de référence pour le développement de la Stratcomm sont en balbutiements la Bosnie, encore de manière erratique l’Irak et, dans sa pleine affirmation opérationnelle, l’Afghanistan.  C’est pourquoi le discours d’ouverture, donné par le général <a title="John Allen" href="http://www.actudefense.com/?s=john+Allen" target="_blank">John Allen</a>, ancien commandant en chef des forces de l’OTAN en Afghanistan, aura été l’occasion pour l’auditoire et le spécialiste de rhétorique politique que je suis, de saisir sur le vif, sans cartes-éclair, diagrammes et Power Point abusif, l’essentiel d’une opération plénière de Stratcomm du point de vue du chef.

En écoutant John Allen j’ai perçu, sur le vif, un concept clef que mettaient en valeur les traités classiques d’art militaire comme <a href="http://www.amazon.com/Translated-French-Turpin-Captain-volumes/dp/1171373139" target="_blank">celui de Crissé</a> que lisait Georges Washington, à savoir <strong>cette qualité essentielle du chef militaire, « le coup d’œil »</strong>.  Le « coup d’œil » ou la capacité  à embrasser froidement une situation : « <em>Le coup d’œil, n’est autre chose que ce génie pénétrant à qui rien n’échappe</em> ». On ne peut mieux définir le ressort de la Stratcomm. Or, sur la Stratcomm et son expérience de commandant en chef de l’ISAF, Allen possède un excellent « coup d’œil ». C’est indéniablement l’ethos du <i>Marine Corps</i> qui s’exprime (un autre intervenant, Helio Fred Garcia, fonde sa méthode, testée sur le terrain, sur une adaptation <a href="http://www.clausewitz.com/readings/mcdp1.pdf" target="_blank">du manuel des marines</a>).
<h2><b>Le « coup d’œil » du chef : l’espace-information</b></h2>
Sur quoi porte donc le « coup d’œil » ?  <strong>Sur un terrain unifié, où l’ « information » se superpose aux opérations</strong>. Cette superposition devient de la Stratcomm quand « l’espace d’information » est placé directement sous le contrôle de celui qui possède « le coup d’œil » et qu’il se structure selon <strong>quatre principes : le leadership, la clarté des valeurs, la prise en compte de  l’environnement et l’agilité.<span id="more-8599"></span></strong>

L’ « espace-information » ou « champ de bataille de l’information » s’articule sur la <strong>qualité du commandement</strong>, la <strong>clarté des valeurs</strong> que les opérations militaires déclarent défendre, l’<strong>évaluation précise des publics présents sur le terrain</strong> (des forces engagées aux médias en passant pas les acteurs publics et la population) et l’agilité, à savoir <strong>comment délivrer un message avec la même efficacité qu’on décide, par exemple, d’un tir de drone</strong> (notez qu’en grec ancien le même sémantisme s’appliquait au  lancé d’un argument verbal, un message, et au lancé d’une arme de jet).  Le modèle de départ est donc celui de l’information opérationnelle au long de la chaîne de commandement (<i>command and control</i>), étendu à la Stratcomm et au lancé des messages vers des auditoires-cibles : une « balistique » communicationnelle (<i>ballô</i>, en grec : lancer).

Le système est ainsi fondé sur la <strong>prééminence du commandant en chef : si celui-ci ne s’intéresse pas directement à l’espace-information, la matrice bloque</strong>. Dans les trois exemples que le général Allen donna de son rôle dans trois crises différentes où il était crucial que la matrice fonctionnât à plein rendement, il fut toujours au premier plan avec son équipe de Stratcomm, jugeant « au coup d’œil » et avec sang-froid (qualité que Crissé apparie au coup d’œil), <strong>où, quand, sur qui et comment  agir</strong>. L’implication directe du chef est impérative : « <i>It has to come from the top </i>» (Ça doit venir d’en haut) fit consensus durant la session finale. Tous les intervenants tombèrent d’accord qu’Allen fut à la fois commandant en chef et communicateur en chef.

On apprécie immédiatement la faille du système : <strong>si le grand patron ne prend pas son rôle de Communicateur en Chef au sérieux, n’est pas capable d’être à la fois un excellent orateur, un excellent délégateur de pouvoirs et un scrutateur attentif des rapports qui évaluent régulièrement l’impact de la Stratcomm sur telle ou telle population-cible, la matrice s’enraille</strong>. Le remède se situe dans la mise en place et la gestion du <i>narrative</i> qui fonctionne donc à la fois comme valeur d’usage et valeur d’échange.

<em>La suite : <a href="http://www.actudefense.com/salazar-stratcomm-chef-veut-pas-communiquer-narrative/" target="_blank">Le chef ne veut pas communiquer ? Vite : narrative</a></em>
<ul>
	<li><em>Mon analyse est en prise sur un projet sur les rhétoriques de contrôle et de surveillance dans le cadre de la National Research Foundation d’Afrique du Sud</em></li>
</ul>]]></description>
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		<title>Leçon de rhétorique : Que raconte Al Jazeera lorsqu&#8217;elle montre la révolution en direct ?</title>
		<link>http://www.actudefense.com/lecon-de-rhetorique-que-raconte-al-jazeera-lorsquelle-montre-la-revolution-en-direct/</link>
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		<pubDate>Fri, 03 May 2013 05:00:09 +0000</pubDate>
		<dc:creator>Philippe-Joseph Salazar</dc:creator>
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		<description><![CDATA[<p><img width="942" height="365" src="http://www.actudefense.com/wp-content/uploads/2013/04/Copie-de-Al_Jazeera_English_Newsdesk.jpg" class="attachment-post-thumbnail wp-post-image" alt="©Willylama" /></p><strong>Février 2011. Le monde découvrait les printemps arabes, des peuples révoltés ainsi qu'une chaîne de télé. Al Jazeera s'imposait comme le nouveau média, celui d'un monde nouveau. Elle racontait, en direct et en image, une population chassant un dictateur. Accrochez-vous ça décape ...</strong>

[caption id="attachment_3187" align="alignleft" width="300"]<a href="http://www.actudefense.com/wp-content/uploads/2011/02/moubarak_stay.png"><img class="size-medium wp-image-3187" alt="Hosni Moubarak ne quittera pas le pouvoir. La foule hurle sa colère." src="http://www.actudefense.com/wp-content/uploads/2011/02/moubarak_stay-300x175.png" width="300" height="175" /></a> Hosni Moubarak ne quittera pas le pouvoir. La foule hurle sa colère.[/caption]

Pendant sept heures une « insurrection » s’est déroulée, au Caire et <a href="http://www.actudefense.com/moubarak-ira-jusquau-bout/" target="_blank">en direct, sur la chaîne Al Jazeera</a> – c’est le mot finalement utilisé, et une seule fois, le samedi matin. Par un ironique hasard, les bureaux de la chaîne font face au grand pont qui enjambe le Nil où la foule repousse la police, arrête l’armée, brûle un véhicule de transport de troupes, et d’où, dans la nuit, on voit le siège du parti serviteur de son maître s’enflammer.

Bref, en dépit d’une brève alerte quand la police envahit l’immeuble d’Al Jazeera, <strong>on a eu droit à une « révolution » en direct, grâce à une caméra sur un balcon, avec des journalistes avertis et des reporters aguerris</strong> (à Alexandrie et Suez), une salle de rédaction tournant intelligemment à plein régime et des commentateurs incisifs, à Londres et à Washington. Du grand journalisme télé. Et <strong>durant ces heures de retransmission un mépris sublime et assumé pour le reste du monde</strong>.

Informer c’est donner forme, et Al Jazeera avait décidé que les événements égyptiens allaient « re-former » la carte politique et que le reste, le saupoudrage de news globales sur la crête des ondes, devenait donc insignifiant, « informe ». J’applaudis cette décision. Vers minuit celui que personne à Washington n’ose toujours pas nommer un dictateur apparaît et délivre un discours menaçant et quelque temps après le direct cesse.<span id="more-8291"></span>
<h2>Qu’est-ce, rhétoriquement, le direct en continu ?</h2>
[caption id="attachment_8292" align="alignright" width="300"]<a href="http://www.actudefense.com/wp-content/uploads/2013/04/Al_Jazeera_English_Newsdesk.jpg"><img class="size-medium wp-image-8292" alt="L'espace d'une vérité en images, le sort du reste du monde ne compte plus. ©Wittylama" src="http://www.actudefense.com/wp-content/uploads/2013/04/Al_Jazeera_English_Newsdesk-300x224.jpg" width="300" height="224" /></a> L'espace d'une vérité en images, le sort du reste du monde ne compte plus. ©Wittylama[/caption]

Durant sept heures le vendredi et une partie de la nuit qui suivit, Al Jazeera ne savait pas nommer directement ce qui se passait mais seulement montrer en direct ce qui se passait : <strong>des images, mais pas de mot pour les nommer, dans une étrange coupure entre l’effet brutal de réel procuré par le direct</strong> (« regardez et jugez ») et le manque d’effet de sens du fait de l’absence de mots stables pour nommer ce que les images montraient.

Je précise : qu’on ne me dise pas que parce que l’événement se déroulait il était difficile de le nommer afin de ne pas en travestir la vérité car, dans ce cas, <strong>pourquoi prétendre que les images transmises en continu, avec seulement deux angles de prise et quelques cadrages, avaient, elles, une valeur de vérité se passant de commentaires ?</strong> On touche là à une question radicale, sur le degré d’évidence que les mots ont, ou n’ont pas, par rapport aux images.

Cette question est rhétorique puisqu’il y va du pouvoir effectif de persuasion que les images ont, plus ou moins que les mots. Le fait est que « <em>la vue est le sens par excellence</em> » (Aristote), c’est à dire qu’elle est le protocole d’évidence par rapport auquel nous mesurons la vérité des autres sens : un mot fait vrai si on peut lui donner le même degré d’immédiateté qu’une photo (d’où, en mauvaise psychothérapie, le baratin qui vous fait soudain « voir » un trauma induit par des mots, une « scène originelle ») ; très longtemps on a cru que la musique était comme une « illustration », faisait tableau (pensez aux explications désuètes sur telle tempête sur la campagne allemande dans telle symphonie ultra-rhénane).

Aristote ajoute : « <em>Jamais l’âme ne pense sans fantasme</em> ». Il veut dire par là que penser implique l’apparition (« phantasia », fantasme) des objets sur quoi la pensée se porte quand ils apparaissent, soit matériellement en face de nous (par la sensation) ou matériellement dans notre pensée, soumis dans les deux cas à un processus d’assimilation – le jugement.

[caption id="attachment_8293" align="alignleft" width="300"]<a href="http://www.actudefense.com/wp-content/uploads/2013/04/bfm-tv-direct-merah.jpg"><img class="size-medium wp-image-8293" alt="BFM TV, l'info en direct et en continu ... ou comment ne plus savoir quelle taille fait la Terre. ©DR" src="http://www.actudefense.com/wp-content/uploads/2013/04/bfm-tv-direct-merah-300x197.jpg" width="300" height="197" /></a> BFM TV, l'info en direct et en continu ... ou comment ne plus savoir quelle taille fait la Terre. ©DR[/caption]

De fait, ce n’est pas parce que, depuis ma navette spatiale, la Terre m’apparaît plus petite que le hublot par lequel je la regarde, que je vais juger que c’est sa taille réelle. Et pourtant, quand on passe à l’exercice de la raison pratique, bref la vie avec les jugements que nous portons à longueur de journée sur « <em>bus ou métro ?</em> », « <em>on prend un café maintenant, ou plus tard ?</em> », « <em>la Tunisie, à votre avis, c’est une situation sécuritaire, je vais dire quoi ?</em> », et mieux encore <strong>à l’exercice de la raison publique portant sur des « fantasmes » politiques (c’est à dire des choses qui apparaissent, sous nos yeux ou dans notre esprit, qui ont une valeur politique), nous devenons soudain et souvent naïfs</strong>. Nous croyons que la Terre est plus petite que le hublot. Nous laissons la fantaisie piéger le jugement, et le visuel, critère par excellence du réel-vrai, piéger la pensée.

C’est là tout le problème de la retransmission en direct d’un événement alors que l’événement apparaît : <strong>alors que sa phantasia se déroule, le jugement est soumis à la succession des images et, au bout d’un moment, le jugement, endolori par les images, anesthésié par les fantasmes, se coule dans le rythme de l’apparition qui, comme apparition, n’a pas d’autre réalité que la succession des actes</strong> : si l’événement apparaissant était un script, un scénario, on pourrait savoir, ou on saurait, à l’avance, comment ça finira, et le jugement porterait alors sur le montage de l’intrigue, bref on porterait un jugement en comparant moyens mis en œuvre et effets obtenus, par exemple un suspense formidable par quoi l’astronaute, saisi de folie, croit vraiment que la Terre est plus petite que le hublot.

En politique-et-en direct il n’existe pas de scénario, seulement l’événement apparaissant qui donne lieu soit, justement et au sens banal du mot, à des fantasmes interprétatifs (les commentateurs experts, les politiciens, les autres journalistes, les « témoins »), soit à l’utilisation du direct pour nourrir l’événement lui-même, en feed back (la chaîne, étrangement, continuait d’émettre librement tandis que le gouvernement avait quasiment bloqué les réseaux électroniques, et donc les protestataires et leurs supporteurs pouvaient visionner leur événement).

Ce qui se passe est donc ceci : sans scénario <strong>le jugement saute d’acte en acte et s’en remet à l’effet de réel des images au point que, clairement, les différentes personnalités qui surgissent sur l’écran pour donner leur avis sont là comme un supporting cast, des comparses, des extras</strong>. Leurs mots émaillent les images et paraissent étrangement désincarnés, spectraux, fantastiques, une sorte de doublage qu’on accepte puisque la télé c’est mot+image, mais qui nous paraît comme moins que les images, leur pâle doublure. Le sommet du fantastique aura été l’apparition du patron de la com’ de la Maison blanche, cherchant ses mots, répétant des banalités, incapable de rivaliser avec l’effet de réel produit par la phantasia des images défilant sur Al Jazeera.

A quoi tend en fait le direct ? Au scénario : à un certain moment la chaîne décide de commencer le direct (après la prière du vendredi et les premiers accrochages) (début du script), dans l’espoir que de la suite en direct d’actes imprévisibles, simplement apparaissant, (épisodes du storyboard) surgiront une révolution et la chute, en direct, du régime (conclusion). Le paradoxe est donc que <strong>la chaîne pré-juge en se confiant, aveuglément, aux images</strong> « <em>sans quoi on ne pense pas</em> ».

Bref : en décidant d’arrêter le débit de l’information générale, de faire du breaking news ce qui véritablement « casse » celle-ci et d’introduire soudain un événement apparaissant, durant des heures et en ignorant le reste des nouvelles mondiales, <strong>Al Jazeera ne pré-juge non pas du résultat du scénario mais que l’enchaînement aléatoire des actes apparaissant et le hasard fantastique d’une caméra sur un balcon suffisent à fabriquer un effet d’évidence, un protocole de vérité, et un acte de jugement.</strong> Pure rhétorique.

Je rêve d’une révolution télévisuellement apparue où nous n’aurions que des analyses, et dont on nous montrerait, après coup, les images.

<a href="http://www.lesinfluences.fr/Du-Caire-rhetorique-d-une.html" target="_blank"><em>Cet article a été originellement publié sur Les influences</em></a>]]></description>
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		<title>MI5 : « Le terrorisme est un crime, pas un acte de guerre » (2/2)</title>
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		<pubDate>Fri, 19 Apr 2013 05:40:14 +0000</pubDate>
		<dc:creator>Philippe-Joseph Salazar</dc:creator>
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		<description><![CDATA[<p><img width="1085" height="483" src="http://www.actudefense.com/wp-content/uploads/2013/04/mission-espion-Copie.jpg" class="attachment-post-thumbnail wp-post-image" alt="©DR" /></p><strong>L'ancienne patronne du MI5, Lady Manningham-Buller, expose sa vision du terrorisme et du renseignement dans un ouvrage. Décryptage de sa position et de ce qu'elle implique sur le plan politique et sécuritaire.</strong>

<em>- Lire la première partie : <a href="http://www.actudefense.com/pourquoi-les-femmes-aristocrates-font-de-meilleurs-espions-salazaar/" target="_blank">Pourquoi les femmes - si possibles aristocrates font de meilleurs espions</a></em>

[caption id="attachment_8406" align="alignleft" width="300"]<a href="http://www.actudefense.com/wp-content/uploads/2013/04/mission-espion.jpg"><img class="size-medium wp-image-8406" alt="La mission du renseignement : fournir les outils pour comprendre l'ennemi. ©DR" src="http://www.actudefense.com/wp-content/uploads/2013/04/mission-espion-300x195.jpg" width="300" height="195" /></a> La mission du renseignement : fournir les outils pour comprendre l'ennemi. ©DR[/caption]

L'ouvrage <em>Securing Freedom</em> est  bref, allègrement écrit, et divisé en trois courts chapitres : « Terreur », « Sécurité », « Liberté » et, en une sorte de conclusion, « La nature du renseignement ». Le premier chapitre tourne autour de deux phrases clefs : « <em><strong>La solution au terrorisme est politique et économique, et ne passe ni pas les armes ni par le renseignement si importants fussent-ils.</strong> Et j'appelle le terrorisme un crime, non pas un acte de guerre </em>» (p. 15). Et : « <em>Le 11 septembre fut-il une attaque contre la Liberté comme certains l'ont affirmé ? Je pense que la réponse est complexe... Dans nos démocraties occidentales... nous demandons à vivre libre de toute peur, au moins de la peur d'être pulvérisés par une bombe quand nous vaquons aux affaires de tous les jours. En ce sens le 11 septembre fut une attaque contre cette liberté-là </em>» (pp. 18-19).

Cette interprétation du terrorisme a deux effets. D'une part de <strong>modérer les prétentions idéologiques en ramenant les attentats à leur juste proportion</strong>, c'est-à-dire à la proportion qui permet une action politique pragmatique en démocratie ; car magnifier les attentats et le terrorisme en un « clash » de civilisations permettrait aux deux actes exceptionnels de l'action régalienne - la guerre ouverte et la guerre secrète - de prendre le pas sur l'action régalienne usuelle en démocratie, la décision publique, politique et économique. D'autre part, elle exprime donc un refus de transformer l'exception (l'exception du terrorisme justifiant l'exception de mesures spéciales) imposée par les ennemis de la démocratie en règle de fonctionnement de la décision politique. Et c'est la raison pour laquelle Lady Manningham-Buller refuse de parler de Liberté, un terme abstrait et sujet à manipulations rhétoriques et préfère rappeler un standard de la philosophie politique anglaise depuis John Locke : les libertés sont réelles et non pas abstraites, et celle de n'avoir pas peur de vivre est centrale, car cette peur, quand elle surgit en démocratie, ramène l'individu libre à une condition d'esclave, où la peur règne souverainement.

En d'autres termes il s'agit de <strong>concevoir le terrorisme comme une action précise et violente d'asservissement</strong>.<span id="more-8405"></span>

Mais cet asservissement tenté de l'extérieur peut alors s'intérioriser et adopter, de manière perverse, toutes sortes de formes acceptables de surveillance qui, présentées comme une défense de la Liberté, abstraite, aboutissent à une réduction de libertés particulières, sans nécessairement sécuriser celle de vivre en paix chez soi. <strong>Qualifier le terrorisme islamique comme une tentative d'asservissement et une négation du droit à la vie offre une définition radicale du phénomène.</strong> Si on accepte cette prémisse, la ligne de défense, et d'attaque, politique et économique des démocraties occidentales ne fait plus aucun doute, sans qu'on ait à recourir aux conceptions grandiloquentes, américaines il est vrai, du « clash » des civilisations. Il s'agit d'une défense du droit à vivre.

Cette position, si on la détache de l'argument que je viens de décrire et si on la réduit à un slogan, paraîtra exagérée mais, si on se pénètre de l'argument, on comprendra qu'elle relève d'une conception lockienne des libertés politiques en juste accord avec la mission du MI5, « <em>protéger la démocratie parlementaire </em>» (p. 37). <strong>Le renseignement n'est pas au service d'une vision abstraite de la Liberté (qui a cours aux Etats-Unis) mais d'une conception concrète</strong>.

Dans le deuxième chapitre, « <em>Security</em> », Lady Manningham-Buller insiste donc, continûment, sur cette mission « explicite » de protection. Les leçons de droit de son père, le Lord Chancellor, se font entendre dans son raisonnement : <strong>la « sécurité » que le MI 5 a la charge de protéger n'est sécurité de « l'Etat » qu'en tant que sécurité de l'état de droit</strong>. Car l'Etat n'est pas seulement le gouvernement et ses administrations (une conception légale française héritée de Carré de Malberg) mais la résultante formelle de l'accumulation démocratique de libertés et de devoirs qui assurent ceux et celles qui vivent sous des règles, formulées et garanties par les instances législatives et judiciaires, de vivre effectivement dans un état sûr de libertés.

Se pose donc cette question : « <em>Mais pourquoi avons-nous besoin d'organisations comme celles que j'ai eu le privilège de servir ? La réponse est simple : <strong>si certaines menaces sont évidentes, les plus nocives ne le sont pas</strong>. Le renseignement sert à les rendre évidentes. Le renseignement est la découverte d'informations qui sont délibérément tenues secrètes </em>» (p. 39). On perçoit le parallèle que trace l'ancienne directrice du MI 5 : d'un côté la démocratie parlementaire, dont la sécurité est en partie assurée par les Services, est un système public  de décisions qu'activent et qui activent les libertés concrètes sous l'état de droit. Face à elle, il existe la matière secrète du renseignement qui est un système ennemi de décisions et d'actions occultes.

Le renseignement met en valeur la « sécurité » que donne l'<em>Öffentlichkeit</em> de la vie en démocratie parlementaire et traque les nocivités cachées qui opèrent, effectivement, comme un contre-pouvoir. Je cite de nouveau la notion kantienne d' <em>Öffentlichkeit</em> pour souligner que la fin (au sens de but essentiel) de la « publicité » des décisions publiques en démocratie est, selon Kant, d'assurer la « paix ». Dit autrement : la sécurité des libertés.

Un corollaire, sur lequel insiste Lady Manningham-Buller, est <strong>la nécessité d'appliquer ouvertement les règles de l'état de droit aux terroristes, c'est-à-dire de respecter leurs droits légaux dans leur intégralité</strong> - le but étant double : maintenir l'intégrité de la « vie démocratique » que les Services protègent (d'où le refus de la torture pratiquée par la CIA, « <em>une erreur profonde </em>») et soumettre les ennemis des libertés au traitement paradoxal de ces mêmes libertés (à la manière de la réconciliation  sud-africaine où les agents des services de l'apartheid furent pardonnés au nom même des principes qu'ils combattaient - la mention du processus sud-africain revient dans le livre). « <em>A la question de savoir si la torture a rendu le monde plus sûr, ma réponse est : non</em> » (p. 49).

L'idée de réconciliation  ouvre le dernier chapitre et j'avoue qu'en dépit de mon travail de longue haleine sur le sujet cette déclaration m'a surpris : « <em>Ma position est que les Etats doivent, à<strong> chaque fois que la possibilité existe, rechercher des solutions politiques et une réconciliation</strong> </em>» (p. 59) - une  affirmation en apparence décalée dans un livre-mémoire d'un chef de services secrets. Une autre citation : « <em>On ne peut pas passer son temps à converser avec les Suisses </em>» (p. 66) ; à savoir :<strong> le renseignement permet de parler aux ennemis ; il offre les instruments pour comprendre la source et les motifs de nocivité</strong> ; pour en mesurer justement la toxicité ; pour faire le tri des interlocuteurs.

Le renseignement permet de discerner ce qui relève de l'émotion, de la raison et du désir de reconnaissance bref des trois grandes catégories méthodologiques d'argumentation dans la mesure où l'ennemi qui agit secrètement développe contre « la démocratie parlementaire » un appareil de propagande qui permet de justifier moralement l'action terroriste, aux yeux même du public qui veut jouir de la paix et de la vie. Lady Manningham-Buller défend ainsi l'ouverture de négociations, en 2003, avec Kadhafi.<strong> Le renseignement a pour but politique de fournir aux politiques, « quand c'est possible », les paramètres d'un dialogue avec l'ennemi.</strong> La « réconciliation » reste la norme au sens où chaque moment de dialogue avec l'ennemi des libertés « réduit » telle ou telle menace spécifique.

On peut juger la position idéaliste mais, à bien en peser les termes, l'argument que développe l'auteur est au contraire pragmatique : le dialogue retarde telle ou telle menace,  donne du champ, crée aussi les possibilités de fracture du front ennemi. Ce que le dialogue avec les terroristes suscite est un jeu, au sens où les pièces d'une machine ont du « jeu », un jeu qui, lubrifié par le renseignement, permet de faire bouger les lignes et de réduire le danger immédiat. Il permet un « <em>management du risque </em>» (p. 59). Ce chapitre s'intitule donc « <em>Freedom</em> », Liberté,  avec un grand L, pour cette seule raison que « Liberté », grâce à son indéfinition, permet aux politiques de donner au management du risque par le dialogue un nom public, chargé émotionnellement, logiquement et éthiquement de connotations publiques positives - connotations que management et renseignement n'auront jamais.

La conclusion de l'ouvrage est sans appel : « <em>Nous devons nous attendre à une attaque terroriste chimique, bactériologique ou nucléaire</em> » mais, dans un monde où s'accélèrent la prolifération d'Etats-voyous et d'Etats militarisés, le durcissement des crises énergétiques, climatiques et vivrières, l'intensification des réseaux cybernétiques, « <em>pour assurer la sécurité de nos libertés démocratiques dans un état de droit, certains secrets devront rester tels </em>» (p. 92). Cette conclusion, brutale, ne se comprend bien qu'à la lumière des  arguments développés dans ce petit livre sur la nature de la mission du MI 5, propre au Royaume-Uni, de « protéger la démocratie parlementaire ». <strong>On aimerait autant de clarté de la part du législateur sur les Services français et sur leur inscription dans une éthique républicaine.</strong>

<a href="http://www.cf2r.org/fr/tribune-libre/l-ethique-du-renseignement-a-propos-du-livre-au-service-de-la-democratie-parlementaire-de-lady-manningham-buller-ancienne-directrice-du-mi5.php" target="_blank"><em>Note publiée sur le site du CF2R</em></a>]]></description>
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		<title>Pourquoi les femmes &#8211; si possibles aristocrates &#8211; font de meilleurs espions (1/2)</title>
		<link>http://www.actudefense.com/pourquoi-les-femmes-aristocrates-font-de-meilleurs-espions-salazaar/</link>
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		<pubDate>Thu, 18 Apr 2013 05:40:28 +0000</pubDate>
		<dc:creator>Philippe-Joseph Salazar</dc:creator>
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		<description><![CDATA[<p><img width="973" height="425" src="http://www.actudefense.com/wp-content/uploads/2013/04/james-bond-et-ses-girls-Copie.jpg" class="attachment-post-thumbnail wp-post-image" alt="©DR" /></p><strong>James Bond ne pourrait pas être le meilleur espion : les femmes bénéficient de qualités qui en font d'excellents agents de renseignements. C'est en tout cas ce que semblent penser la CIA et le MI5.</strong>

[caption id="attachment_8401" align="alignleft" width="300"]<a href="http://www.actudefense.com/wp-content/uploads/2013/04/james-bond-et-ses-girls.jpg"><img class="size-medium wp-image-8401" alt="Finalement, les « Bond girls » auraient fait de meilleurs espions que James ... ©DR" src="http://www.actudefense.com/wp-content/uploads/2013/04/james-bond-et-ses-girls-300x160.jpg" width="300" height="160" /></a> Finalement, les « Bond girls » auraient fait de meilleurs espions que James ... ©DR[/caption]

Qui aurait pensé que les « études de genre » (Gender studies) puissent croiser les études de renseignement ? Or, dans la presse anglo-saxonne, on découvre que dans les services américains les meilleures analystes sont des femmes, que c'est l'une d'entre elles qui relia tous les fils menant à Ben Laden. En Angleterre, on évoque avec nostalgie le personnage de Christine Granville, la maîtresse-espionne favorite de Churchill, et aux Etats-Unis l'action de fameuses espionnes de l'ancien OSS.

On lit aussi que c'est Elizabeth Iere qui aurait conçu avec ses principaux ministres du conseil privé le premier service britannique de contre-espionnage et d'infiltration systématique des réseaux montés par les Jésuites : l'expression « Security of the State » fut utilisée pour la première fois dans ce contexte. Durant la Deuxième Guerre mondiale, les dames des services du temps, comme Lady Mary Lindsay, vicomtesse Dilhorne, jouèrent un rôle non négligeable.

Un thème qui revient, et qui est explicitement mis en valeur au sujet des Targeters féminins de la CIA est<strong> la patience qui caractériserait ces analystes</strong> : si « <em>pour ce genre de travail il faut être inventif, patient, tenace et persuasif</em> », déclare le porte-parole de la CIA, soulignant du même souffle que ces qualités ne sont pas «<em> déterminées par le genre</em> » (le sexe), sa précaution oratoire et légale est balayée par une haut-gradée de l'agence qui affirme à rebours que «<em> les femmes vont dans les détails et sont meilleures que les hommes pour cibler les terroristes</em> ». Elles ne lâchent pas, faisant écho à un proverbe machiste : « <em>A woman always gets her guy</em> ».<span id="more-8400"></span>

Cette conception rejoint étrangement un des standards de la théorie rhétorique décisionnelle, à savoir que les hommes argumentent dans les grandes lignes et de manière frontale, tandis que les femmes préfèrent le mode patient et pièce à pièce de la conversation. En transposant : <strong>l'analyste masculin veut aller droit au but et avance selon des schémas établis ; l'analyste féminin préfère vérifier tous les fils, même les plus indirects</strong>. C'est sur cet arrière-plan d'intérêt médiatique que se détache le bref et remarquable ouvrage de la baronne Eliza Manningham-Buller, ancienne directrice du MI5, le service de sécurité britannique, de 2002 à 2007: Securing Freedom.

Avant d'examiner l'argumentaire du livre, il faut d'abord rappeler quelques éléments extrinsèques d'appréciation :

* Pour commencer, la mission du Security Service, définie par la loi qui l'instrumente : « <em>La protection de la sécurité nationale et, en particulier, la protection contre les menaces posées par l'espionnage, le terrorisme, résultant de des activités des agents de puissances étrangères et d'actions conçues pour renverser ou saper la démocratie parlementaire par des moyens politiques, industriels ou violents</em> ». La clef rhétorique de cette mission, qui porte définition du MI5, est de protéger « la démocratie parlementaire ».

Non <strong>pas seulement la « sécurité du Royaume-Uni » comme dirait la terminologie française, non pas seulement la Loi fondamentale, selon la version allemande mais, spécifiquement, la nature parlementaire de la démocratie britannique</strong>. Le livre de Lady Manningham-Buller est une argumentation suivie à partir de cette proposition qui formule une évidence, comme l'exige une prémisse - dans ce cas-ci l'évidence de la supériorité de la démocratie parlementaire, c'est-à-dire de la « suprématie du parlement », pour utiliser une expression de constitutionnaliste anglais, sur les autres branches de l'Etat. Au Royaume-Uni le monarque est « King (ou Queen) in Parliament » rappelant ainsi que la constitution de l'Etat est le résultat d'un octroi du parlement à la famille régnante (après la destitution de Jacques II).

Vu de France ces nuances peuvent paraître surannées. Elles sont pourtant au cœur de la pensée et de la sensibilité britanniques concernant l'exercice éthique du pouvoir. Et des mécanismes de contrôle ou de protection qui le structurent. Un autre élément, sociologique, qui peut nous échapper est que les services secrets gardent l'empreinte aristocratique ou gentry de leur origine : servir dans le contre-espionnage n'est pas déchoir. Le père de Lady Manningham-Buller, le vicomte Dilhorne, fut un juriste éminent au service de la Couronne avant de devenir Lord Chancellor (Garde des Sceaux), tandis que sa mère, Mary Lindsay, déjà nommée, était la fille du 27e comte de Crawford.

<strong>Protéger la démocratie parlementaire est un geste aristocratique, aussi paradoxal que cela puisse nous paraître</strong>. Et même quand le personnel n'est pas issu des Ruling classes (comme dans le cas de Stella Rimington), le système scolaire anglais fait que, pour citer un poncif, <strong>les meilleurs soient recrutés par MI5, les moins bons par le Foreign Office et les pas bons par le British Council</strong>.

Il y a sûrement du vrai dans la formule : il suffit de voir le nombre de juristes, historiens, philosophes, scientifiques qui ont suivi cette voie et brillé, apportant aux Services l'éclat d'une aristocratie intellectuelle qui redouble ou renforce la base sociologique. De passage au Reform Club de Londres, j'ai pu constater encore une fois l'intérêt vif qu'on y porte au renseignement, à l'occasion d'une conférence sur Bletchley Park et d'une exposition de documents d'anciens membres du Club ayant appartenu aux Services.

<strong>Il s'ensuit non pas tant une conception différente du renseignement qu'une attitude différente vis à vis de sa déontologie ou, pour utiliser un concept de Pierre Bourdieu, d'une éthique de « distinction » qui caractérise l'appartenance aux Services</strong>. Un dernier élément d'appréciation : Lady Manningham-Buller est la deuxième femme à être à la tête des services secrets britanniques et, comme Dame Stella Rimington (depuis, une romancière à succès), qui occupa ces fonctions de 1992 à 1996, elle est déterminée à sensibiliser le public sur les objectifs, le fonctionnement et la raison d'être des Services : <strong>Rimington formula une première politique d'Openness, de transparence, afin que le public soit mieux à même de comprendre la mission de MI 5</strong> (au lieu simplement de lire les ouvrages de John le Carré) - la publication de sa photo causa même un petit scandale.

En ce sens, le livre de Lady Manningham-Buller poursuit la politique de « diplomatie publique » entamée par Stella Rimington. De fait, Securing Freedom est à l'origine une série de trois cours publics radiodiffusés, les Reith Lectures, avec un texte complémentaire (une intervention à la Chambre des Lords, datant de 2010) - les Reith Lectures commémoraient les attentats du 11 septembre. Cette « publicité », au sens kantien de Öffentlichkeit, une condition éthique de la liberté politique d'après le philosophe des Lumières, est un cas de figure impensable en France où l'apparition publique des chefs des services secrets se fait après coup, sur des questions personnelles, voire des règlement de contentieux, et rarement avec hauteur de vue ou un sens du lignage. Une phrase de Securing Freedom est révélatrice : « Comme bien des public servants mes collègues ont appris à rester au dessus des critiques que certains médias propagent sans être véritablement informés » (p. 5). Les patronnes du MI 5 possèdent de leur fonction une vision à la fois régalienne et démocratique au sens défini par leur mission.

<em>- La suite : MI : <a href="http://www.actudefense.com/mi5-le-terrorisme-est-un-crime-pas-un-acte-de-guerre-salaazar/" target="_blank">"Le terrorisme est un crime, pas un acte de guerre"</a></em>

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		<title>Leçon de rhétorique : ce que nous disent les militaires fashionistas du 14 juillet</title>
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		<pubDate>Wed, 10 Apr 2013 05:35:57 +0000</pubDate>
		<dc:creator>Philippe-Joseph Salazar</dc:creator>
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		<description><![CDATA[<p><img width="980" height="412" src="http://www.actudefense.com/wp-content/uploads/2013/04/Copie-de-EMIA-uniformes-defile-14-juillet.jpg" class="attachment-post-thumbnail wp-post-image" alt="©Marie-Lan Nguyen" /></p><strong>Rappelez-vous, c'était en 2010. Nicolas Sarkozy, poursuivi par l'affaire Karachi, caracolait dans le petit écran en tâchant d'échapper aux reproches. A l'occasion d'une interview de 14 juillet, le chef de l'Etat se présentait en victime pendant que ses armées défilaient à la dernière mode de chez nous. Attention, ça décape ...</strong>

[caption id="attachment_8287" align="alignright" width="300"]<a href="http://www.actudefense.com/wp-content/uploads/2013/04/nicolas-sarkozy-defile-14-juillet.jpg"><img class="size-medium wp-image-8287" alt="Nicolas Sarkozy en plein défilé, évitant les critiques à plates coutures. ©Marie-Lan Nguyen" src="http://www.actudefense.com/wp-content/uploads/2013/04/nicolas-sarkozy-defile-14-juillet-300x200.jpg" width="300" height="200" /></a> Nicolas Sarkozy en plein défilé, évitant les critiques à plates coutures. ©Marie-Lan Nguyen[/caption]

De loin, sur TV5 Monde, je regardais la performance oratoire de M. Sarkozy mais décalée de plus d’une heure car TV5 Monde, la chaîne la plus sotte du monde, en avait repoussé la retransmission afin que l’Afrique télévisofrancophone pût regarder un épisode de « Dr. Boris », suivi d’un bulletin de Télé Suisse Romande consacré au martyr et à la résurrection de saint Polanski (des fadaises « multi-kulti » aux frais de notre République). Je me suis tourné vers mon amie, Carina, qui revenait de Grand Cayman et que j’avais retrouvée à Johannesbourg pour célébrer la victoire de la Catalogne au Mundial, et je lui fis remarquer deux choses très rhétoriques.

D’abord que, pendant un bref instant, j’avais cru, en regardant « Dr. Boris » que c’était M. Sarkozy : dans la série télé ivoirienne, un docteur de la foi, de tendance « happy-clappy », évangélique, imposait ses mains sur le crâne d’un patient, bête et crédule, et tout en lançant des imprécations en chassait le démon, supporté, comme on dit, d’un casting de sagouins qui empochaient les francs CFA du crétin – or quand, plus tard, une fois soulagé, comme la Suisse entière et leur ministresse de la justice au nom de smurf qui fit un pied de nez à la justice américaine, que Polanski eut quitté son chalet de Gstaad, <strong>je regardais l’entrevue menée par le Président, je me suis exclamé, en anglais, « That’s it ! » (trad. : « mais c’est bien sûr ! ») : Dr Sarkozy imposait les mains sur la tête de M. Pujadas et en chassait les démons.<span id="more-8277"></span></strong>

Séance d’exorcisme rhétorique : « <em>Comment vous pensez que moi… ? etc</em> ». Mais M. Pujadas ne pensait rien ; il voulait, le malheureux, poser des questions d’actualité, et son audacieuse interjection à la palinodie présidentielle, aussi incantatoire que les « amen » du sorcier en blouse blanche, sur « <em>les grands problèmes</em> » - « <em>Vous voulez dire les conflits d’intérêt ?</em> » - fut exorcisée : « <em>Comment, moi, vous pensez que</em> ». Eh oui, certes, là est bien le bât qui blesse, nous « pensons que ». Performance ratée. Ah ! si seulement l’Elysée comprenait que la Présidence, en France, doit se dire dans un décor noble, et que faire donner le président sur un perron, devant un bosquet, à ciel ouvert (niaiserie qui date de M. Chirac, ou de sa fille), c’est le planter dans un décor de comédie bourgeoise. Du Courteline, pas du Corneille. Idée de commercial. Dr Boris communiquant. <strong>Il faudra bien, un jour, que l’Elysée congédie commerciaux, hachéçés, et associés. Et revienne au ton tragique, à l’éloquence qui élève, à la littérature.</strong>

L’autre remarque porta sur la parade du 14 juillet. Là, c’est autrement plus grave.

La rhétorique nationale venait de subir un coup dur : l’humiliation au Mundial, et, pis, une auto-humiliation par des traîtres de comédie, pas une humiliation infligée par un adversaire respectable. Et, par miracle, voici la parade militaire, Dr Boris ! Celle-ci devrait réparer celle-là. Une performance en rachèterait un autre (ce coup-là, TV5 Monde, la chaîne la plus sotte du monde, laissa tomber le masque et retransmit en direct la parade, sous prétexte que des soldats africains y défilaient). Je fis remarquer à ma compagne que<strong> juillet c’est la saison des défilés de mode</strong>. « Tell me more » me dit-elle, un peu sur le ton de Madame Lagarde quand elle parle sur CNN.

[caption id="attachment_8288" align="alignleft" width="300"]<a href="http://www.actudefense.com/wp-content/uploads/2013/04/EMIA-uniformes-defile-14-juillet.jpg"><img class="size-medium wp-image-8288" alt="Les militaires le savent : les uniformes en disent beaucoup sur ceux qui les portent. ©Marie-Lan Nguyen" src="http://www.actudefense.com/wp-content/uploads/2013/04/EMIA-uniformes-defile-14-juillet-300x200.jpg" width="300" height="200" /></a> Les militaires le savent : les uniformes en disent beaucoup sur ceux qui les portent. ©Marie-Lan Nguyen[/caption]

<strong>Il est intéressant de voir comment l’armée est devenue un objet d’adulation pour les <i>fashionistas</i></strong>. L’armée, sevrée de son rapport direct à la nation par la suspension, en 1997, de l’appel sous les drapeaux, au lieu de sa généralisation à tous et toutes (d’abord esquissée dans le « parcours de citoyenneté » et puis délavée dans la Journée d’appel et de préparation à la Défense), est devenue une administration, mais une administration privée du préjugé utilitaire qu’on concède aux impôts ou aux hôpitaux publics – bref : « à quoi sert-elle ? » On a vu, récemment, des militaires marchander sur les primes de risque, les annuités, la retraite (très tôt, pour eux, très, très tôt), avec une âpreté syndicaliste qui fait honte à M. Chérèque et confrères. <strong>Jadis, quand on allait acclamer l‘armée française, c’était nous, nos pères, nos frères qui défilions, pas des gens qui, pour des raisons de carrière, choisissent de faire ce métier et pas, par exemple, footballeur</strong>. Bref l’armée se sert.

Mais, du coup, dans le domaine de la représentation publique que les Français ont d’eux-mêmes, et la rhétorique nationale qui gazéifie, chaque 14 juillet, les troupes à la parade, <strong>l’armée a développé sa présence, sa personnalité, et sa capacité à incarner un patriotisme ramené à la portion incongrue de la fashion : voyez les tenues, toujours plus seyantes, toujours plus belles, des tenues comme taillées sur celles des soldats de la reine dans <i>Alice au pays des Merveilles</i></strong>. Et ne parlons pas plumets et falbalas. Il y aurait un sketch à faire sur « l’habillement », et sur la prolifération cosmétique des uniformes et des tenues de cérémonie, ou même de sortie et de service courant, depuis vingt ans (d’un luxe qui épate même les Anglais). Aux bals du 13, <strong>les filles et les jeunes gens trouvent les pompiers « craquants » à cause de leur petite gueule de gouapes assagies mais qui pâlissent à côté de ces militaires fonctionnarisés qui disposent, depuis vingt ans, d’une panoplie <i>fashion</i> levée sur les plus belles planches des vieux <i>Larousse du XIXe siècle</i> </strong>! Au point que des troupes de l’ex-AOF, fraîchement revenues de razzias, s’étaient même inventé un uniforme d’opérette pour la parade du 14 juillet. C’est dire la compétition entre <i>fashionistas</i> militaires.

<strong>L’armée n’est plus que l’exercice incantatoire et épisodique d’une nation qui se veut belle et triomphante, à peu de frais et sans aucun risque ni aucune part de responsabilité, cependant que les commerciaux en charge de l’État bradent ses plus belles casernes et cède le sublime Hôtel de la Marine</strong>. Elle parade, sur le mode de la mode, réduite, dans la nomenclature administrative, à une « catégorie d’action publique ». L’armée, littéralement, ne « personnifie » plus la Nation, plus même elle-même. Elle est désormais, véritablement, une « grande muette », d’un mutisme moral dans l’ordre des représentations. Comme la mode, elle est devenue un moment, éphémère et excité, de jouissance tactile, visuelle et sonore.

On tremble à penser comment la France, confrontée à un conflit brutal et soudain, comme c’est l’inévitable lot des puissances alanguies dans un monde chaque jour plus hostile, sans armée composée de ses citoyennes et citoyens, sans doctrine d’utilisation de la force de frappe, sans autre chose que de beaux uniformes <i>designés</i> par un « grand couturier » pour le plaisir des filles et des touristes, pourra répondre « aux armes », et émuler Valmy. On pourra toujours appeler Dr Boris à la rescousse, imposer les mains sur le crâne des barbares et leur dire « Comment, nous ? »

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